Dans les pays dont nous allons brièvement parler maintenant, la situation est exactement à l'opposé des précédents : non seulement il y existe un plan comptable type, mais ce plan comptable est un instrument de la politique économique et sociale conçue au niveau le plus élevé de l'ensemble socio économique.
En U. R. S. S. le Plan Comptable fixe les règles applicables au niveau des agents économiques de base; s'il est vrai que ce niveau correspond à celui des entreprises dans les économies occidentales, la différence fondamentale est qu'au lieu d'être traités comme des cellules autonomes d'activité, ces agents sont ici considérés comme des démembrements de l'ensemble socio économique. Cette perspective est à la fois confirmée et caractérisée par la définition ci après, extraite d'une Théorie de la comptabilité:
« ... Le plan comptable est la liste systématique des comptes qui «déterminent la structure de la comptabilité dans les différentes branches de l'économie nationale (...) et qui permet d'obtenir les indices nécessaires à la direction journalière des opérations au niveau des firmes et le contrôle de l'exécution des plans économiques».
Il convient d'observer que la finalité est double, les besoins de la gestion quotidienne s'ajoutant à ceux qui découlent de la relation avec l'objectif global planifié. Faute de pouvoir entreprendre l'analyse approfondie qui permettrait d'apprécier l'impact de cette dualité sur la technique comptable proprement dite, nous observerons simplement que les principes fondamentaux de la mécanique comptable ne sont évidemment pas remis en question, et nous nous bornerons à dégager les trois différences qui en découlent par rapport aux plans comptables que nous commentons plus loin:
Il est à peine utile d'ajouter que l'application de ce plan comptable est obligatoire, et aussi rigoureuse dans la forme que dans le fond: c'est la condition évidente de son utilité dans la perspective décrite, tant pour la tenue des comptes que pour la fourniture des informations à l'autorité centrale.
Dans les autres pays de l’Est, la situation présente certaines différences par rapport à celle qui vient d'être évoquée pour l'U. R. S. S.; mais les analogies l'emportent suries points essentiels : plan comptable type obligatoire, conçu comme un moyen indispensable de l'exécution du Plan, les firmes étant considérées aussi comme des démembrements de l'ensemble socio économique.
Encore que cette rigueur et ce dernier point de vue n'y soient pas aussi affirmés, on relève une résonance plus ou moins précise dans les pays en voie de développement dont l'économie est planifiée.
Nous en retiendrons deux exemples.
En Algérie, il est intéressant d'observer que le plan comptable type représente une adaptation du P. C. G. français à des besoins d'information pour lesquels celui ci n'avait pas été conçu. Cette adaptation, qui a porté sur certaines particularités de la gestion des entreprises nationales algériennes, a eu pour objet principal de permettre la détermination périodique de grandeurs caractéristiques que leur signification économique rend importantes pour les responsables de l'économie : formation brute de capital fixe, investissement productif, épargne nette, valeur ajoutée entre autres.
En fait le processus d'adaptation a comporté deux phases, une expérience préalable ayant été faite avec le plan comptable des pays de l'O. C. A. M.
Cette expérience devrait d'ailleurs être rangée parmi les normalisations à l'échelon international, puisqu'il s'agit d'un plan comptable commun aux divers Etats membres de l'O. C. A. M. (Organisation Commune des Etats Africains, Malgache et Mauricien), approuvé en janvier 1970.
La genèse se situe en Décembre 1967, date à laquelle les Gouvernements des pays membres de l'Union Douanière et Economique des Etats de l'Afrique Centrale (U. D. E. A. C.) avaient souhaité que soit élaboré un plan comptable général adapté à la fois aux exigences de la gestion moderne des entreprises et à celles de la politique nationale de développement : c'est donc bien le besoin des utilisateurs de l'information comptable qui a déterminé l'orientation des travaux d'adaptation du P. C. G. français et les statisticiens y ont joué un rôle important ; dans la mesure où il souhaite étudier « l'agent Entreprise », le comptable national recherche en effet avant tout la réduction de tous les systèmes comptables individuels à un schéma commun qui lui permet, dans une première approche, de retrouver les grandeurs caractéristiques évoquées ci dessus à propos du plan comptable algérien. Dans la perspective dominante de cette articulation significative entre comptabilité d'entreprise et comptabilité nationale, l'adaptation du P. C. G. a également introduit l'emploi, à la place des nomenclatures à usage interne particulières à chaque entreprise et donc très diversifiées, de nomenclatures à structure fixe visant à concilier les besoins des entreprises et les impératifs de la comptabilité nationale.
Applicables aux comptes de stocks, de production, de ventes, d'immobilisations et de frais de personnel, ces nomenclatures visent à permettre la connaissance des consommations intermédiaires et des structures par secteur économique.